Carte blanche : L’Europe sauve sa première banque

Bernard Keppenne, Chief Economist CBC Banque

Vendredi 9 juin 2017 — Le fait est passé pratiquement inaperçu, mais le sauvetage de la Banco Popular par la banque Santander n’a rien d’innocent et révèle la pertinence des mécanismes mis en place après la crise en Europe.

Petit rappel historique

Pour sauver la Banco Popular, la BCE a activé pour la première fois le Mécanisme de résolution unique (MRU). Car en tant qu’organe de surveillance, c’est à la BCE qu’il revient de prévenir le Conseil de résolution d’activer ce mécanisme.

L’objectif de ce mécanisme, créé en mars 2014, est d’éviter qu’un État membre ne soit contraint de renflouer une banque privée avec de l’argent public. Et donc de revivre une crise de même ampleur que celle de 2010.

Il s’agit du fameux mécanisme de « bail-in », à savoir de la recapitalisation interne par le secteur bancaire, qui implique cependant les détenteurs d’actions ou d’obligations de la banque en difficulté.

Activation rapide

Ce mécanisme a donc été activé pour sauver la banque Banco Popular en 24 heures. Sous la supervision de la BCE, cette dernière a été reprise pour l’euro symbolique par la banque Santander.

Comme l’avait prévu le MRU, l’État espagnol n’est pas intervenu, mais par contre les détenteurs d’actions de la Banco Popular ont tout perdu et les détenteurs de deux types d’obligations ont également tout perdu. Il s’agit de respectivement 7 milliards d’euros et de 2 milliards d’euros.

Mais en revanche, les déposants au-delà des 100.000 euros n’ont pas été impactés grâce à l’intervention rapide de l’organe de contrôle.

Pour Santander, le coût n’est évidemment pas d’un euro, mais de 7.9 milliards d’euros, soit le montant qui représente les mauvais emprunts qui plombaient le bilan de la Banco Popular.

Cette décision a permis d’éviter un effet de domino qui aurait été très dommageable pour le secteur financier espagnol et même européen. C’est donc un grand succès qui évite un risque systémique et qui montre toute la pertinence des décisions prises par les Européens.

L’Europe avance et il s’agit encore d’un signal positif qui conforte le climat favorable en Europe.